Licorne : animal très rare aux pouvoirs surnaturels, qui en réalité n’existe que dans l’esprit des personnes assez stupides pour y croire.

Uber est un mensonge économique. Tout le monde pense qu’Uber a révolutionné, non, pardon, en bon startuplangue, a disrupté le marché avec un business model novateur. En réalité, Uber perd 1 milliard de dollars par trimestre, parce que leur seul véritable avantage compétitif, c’est de pratiquer le dumping économique et social. S’ils sont moins chers que les concurrents, ce n’est pas parce qu’ils sont incroyablement efficaces. C’est simplement parce qu’ils vendent chaque course à perte, et qu’ils ont trouvé le moyen de contourner tous les mécanismes de protection sociale de leurs employés. Pareil pour Lyft, leur concurrent dont on parle moins souvent.

Tesla est toujours à la limite du mensonge. Ils ont un bon produit de base, la voiture électrique, une vraie vision, mais Elon Musk s’évertue à faire des promesses impossibles à tenir, comme la conduite 100 % autonome pour l’année prochaine. Chaque année, c’est repoussé à l’année prochaine. Et l’année prochaine, ce sera de nouveau repoussé à l’année d’après.

Theranos était une entreprise entièrement basée sur le mensonge. Elle s’est bâtie autour de l’arnaque d’une machine pouvant réaliser des analyses sanguines complètes à partir d’une seule goutte de sang. En réalité, cette machine n’a jamais fonctionné. Au lieu de cela, Theranos utilisait des machines traditionnelles pour réaliser ses tests. Pire, leurs résultats étaient souvent faux, car les tests n’étaient pas réalisés correctement.

WeWork est une impossibilité mathématique. Toute personne ayant observé les lieux de co-working existants ne pouvait s’empêcher de se poser deux questions : « mais comment font-ils pour pouvoir s’installer dans des endroits aussi chers ? » et « comment font-ils pour être rentables ? » La réponse à la première question est simple : une avalanche de capital injecté par des pigeons qui n’y comprennent rien. La réponse à la deuxième question est tout aussi simple : ils ne sont pas rentables et ne le seront jamais, à moins de faire comme les autres espaces de travail partagés : un contrôle drastique des coûts.

Le plus triste, c’est que le mensonge fonctionne. Ensemble, ces startups ont levé des dizaines milliards de dollars. Adam Neumann, le fondateur de WeWork, a empoché des milliards de dollars, alors que son entreprise n’avait aucune chance de fonctionner un jour. Alors, sommes-nous vraiment certains de vouloir créer des licornes en France ? Il vaudrait mieux y réfléchir, car la création d’une licorne ne nécessite pas des centaines de millions d’euros, mais bien des (dizaines de) milliards d’investissement initial. À cette échelle, un fonds d’innovation d’un milliard d’euros ne représente qu’une goutte d’eau qui risque de s’évaporer bien vite dans la quête d’un animal bâti sur le mensonge.

« La liberté, c’est la faculté de choisir ses contraintes. »

Je ne suis pas sûr de qui a dit cela ; j’ai trouvé une vague attribution à Jean-Louis Barrault sur internet. Mais je trouve cette vision de la liberté assez juste.

Devenir une star à Hollywood, c’est difficile, très difficile. Cela ouvre des portes et permet de faire des choses que personne d’autre ne pourrait. Pourtant, cela implique aussi d’abandonner la notion de liberté telle que nous la connaissons : impossible de prendre un café tranquillement à une terrasse ou de simplement sortir de chez soi dans la rue. Une star à Hollywood a bien plus de contraintes qu’une personne normale. La différence, c’est qu’elle a choisi ses contraintes.

La reine d’Angleterre, elle, n’a pas vraiment choisi ses contraintes. Elles lui ont été imposées lors de son accession au trône. Malgré tout ce qu’elle peut faire, elle n’a presque aucune liberté. Alors qu’elle se retrouve obligée d’assister à un gala, vous pouvez décider au dernier moment d’aller au cinéma ou de boire un verre. Elle doit vivre une vie recluse, à l’abri des paparazzis et autres débiles. Elle est prisonnière des contraintes dont elle a hérité. Ça a l’air de lui avoir réussi. Mais dans sa famille, les personnes qui ne supportent pas ces contraintes, sans espoir de pouvoir y échapper, vivent une existence misérable.

La liberté, c’est la faculté de choisir ses contraintes. À condition d’en accepter les conséquences.

Cet article continue la série d’exemples concrets sur les effets des problèmes systémiques. J’ai déjà parlé de l’écosystème numérique français et du Boeing 737 Max. Aujourd’hui : les mondiaux d’athlétisme au Qatar.

Pourquoi choisir un pays où il fait trop chaud pour les athlètes et où le public est quasi inexistant pour organiser un des événements sportifs majeurs de l’année ? À cause d’un problème systémique. Comme dans les autres exemples, nous retrouvons les trois facteurs destructeurs :

  • Peu de place accordée aux personnes compétentes, qui auraient immédiatement pu expliquer à quel point organiser ces jeux au Qatar n’avait que peu de sens.
  • L’appropriation du pouvoir décisionnaire par des instances n’ayant que peu de compétences et peu d’intérêt pour la réussite réelle du projet.
  • Les perturbations politiques poussant à organiser les jeux dans un pays inadapté.

Depuis toujours, les athlètes sont les instruments d’enjeux politiques qui dépassent leur performance. Les Jeux olympiques originaux avaient déjà une importance politique cruciale. Gagner un tournoi a toujours eu un impact sur le prestige politique. Cependant, aujourd’hui on peut se demander si, pour de nombreux événements, un tel décalage entre la réalité et l’enjeu politique en vaut vraiment la peine.

Depuis l’année dernière, nous avons la fibre optique à la maison. Chaque fois que je dois utiliser une connexion plus lente, je bénis ce jour magique où l’installateur de mon fournisseur d’accès est venu percer un petit trou dans ma façade pour faire passer le précieux câble.

En y réfléchissant, l’accroissement de la vitesse des outils informatiques lors de cette décennie a fortement contribué à réduire ma tendance à la procrastination, cette manie de remettre au lendemain ce que l’on peut faire aujourd’hui. L’accroissement de la vitesse m’a permis de rester beaucoup plus facilement dans le « flow », cet état où nous sommes parfaitement concentrés et où tout semble s’enchaîner de manière fluide.

Il y a la vitesse d’internet. Lorsque j’étais sur le câble, pourtant déjà plutôt rapide, l’idée d’avoir à attendre une heure pour envoyer une vidéo à un client n’était vraiment pas motivante. Aujourd’hui, cet envoi prend souvent moins d’une minute. Outre le gain de temps, le point le plus important est que mon « flow » n’est pas brisé.

Il y a aussi la vitesse des ordinateurs. Mon MacBook Pro 17” de 2009 était une très belle machine, mais son SSD n’était pas plus rapide qu’un disque dur classique, et le processeur de l’époque restait poussif pour des tâches simples. Tout cela a changé avec l’apparition de la génération des MacBook Pro de 2013. Avec son SSD et son processeur ultrarapides, toutes les tâches semblaient se faire instantanément. Plus besoin d’attendre plusieurs minutes pour lancer une grosse application ou ouvrir un gros document. Plus besoin d’attendre pour réaliser une mise en forme ou appliquer un filtre. De nouveau, la rapidité de mon ordinateur me permet de rester dans le « flow ». Les applications aussi ont progressé, et ont mis l’accent sur la rapidité, un point faible récurrent des Mac, surtout dans les années 80-90. Plus besoin d’attendre que Word finisse de tout remettre en page à la moindre modification un peu compliquée.

Aujourd’hui, je peux réaliser 95 % de mes tâches sans devoir attendre plus de quelques secondes. C’est extrêmement agréable. Cela me fait gagner du temps. Mais surtout, cela m’a fortement aidé à vaincre ma tendance à la procrastination. Bien sûr, ce n’est pas le seul facteur, j’ai également énormément cherché et travaillé pour vaincre mes autres blocages. Mais ce sera pour un autre article.

« Ne croyez pas tout ce que l’on raconte dans les journaux, réfléchissez et vous verrez les énormités que les journalistes racontent ». Cette phrase, on ne l’entendait pas avant. Mais Internet a tout cassé et a fait chuter la qualité moyenne du journalisme de manière dramatique. Avant, les journalistes étaient des personnes qui vérifiaient leurs sources et avaient les moyens d’écrire des articles de qualité.

Sauf que. En réalité, cette phrase, je ne l’ai pas entendue en 2019. C’est mon professeur de macro-économie qui nous donnait cette mise en garde en 1991. Bien avant que ce soit « la faute à Internet », donc.

La réalité, c’est que la qualité moyenne du journalisme n’a pas vraiment baissé. Au contraire, avec Internet, les personnes intelligentes peuvent vérifier l’information avec plusieurs sources. C’est plutôt nous qui avons tendance à idéaliser le passé. Il est vrai qu’Internet est un excellent vecteur de communication pour véhiculer de la désinformation ou des théories du complot. Mais celles-ci existaient bien avant Internet. Que ce soit les tarés de nazis et leurs théories pourries ou les articles inventés de toute pièce par la presse trash, la propagande et la désinformation ont toujours existé et ont été depuis toujours utilisées pour manipuler l’opinion.

Aujourd’hui, nous accusons Internet d’être la cause du basculement de nos démocraties vers des populistes comme Trump. Nous accusons Facebook d’être à l’origine du vote en faveur du Brexit. Oui, c’est vrai que les plateformes comme Twitter et Facebook ne sont pas des exemples de vertu. Les personnalités y sont traitées comme des personnes plus égales que les autres. Mais ces plateformes ne sont qu’un canal de communication. Les véritables responsables, ce sont les personnes qui manipulent l’information pour servir leur agenda personnel. Ce sont les dirigeants européens tellement obnubilés par la sauvegarde du système économique de la zone euro qu’ils semblent en avoir complètement oublié l’existence des citoyens. Ce sont les hommes politiques qui, à force de privilégier les intérêts individuels au lieu des intérêts collectifs, détruisent la confiance, renforcent les inégalités et brisent le lien social.

Évidemment, c’est beaucoup plus facile de dire que c’est la faute des réseaux sociaux. Mais ils ne sont qu’un moyen, pas la source du problème.

Pour nos démocraties, mener une guerre contre la désinformation en nous arc-boutant sur des positions de principe statiques, c’est comme compter sur la ligne Maginot pour stopper les nazis. Signer des accords avec les plateformes pour que la désinformation s’arrête, c’est conclure un pacte de non-agression à la Neville Chamberlain. Aujourd’hui, la guerre contre la désinformation a besoin de moyens modernes, aussi bien humains que technologiques que réglementaires. C’est aux démocrates de s’armer et de mener cette guerre avec conviction. Et c’est aussi à nous de prendre nos responsabilités pour protéger nos démocraties.