Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase. Pourtant, pour un athlète qui gagne une médaille d’or, des dizaines de milliers resteront anonymes. Pour un musicien qui devient millionnaire, il y en a des milliers qui ont à peine de quoi manger. Pour un acteur qui décroche le rôle principal d’une superproduction hollywoodienne, il y en a des millions qui ne joueront jamais dans aucun film. Pour une startup qui réussit, il y en a des dizaines qui meurent.

La vérité, c’est que pour réussir dans ces disciplines, il faut beaucoup de talent. Il faut beaucoup de travail. Il faut beaucoup de chance, et il faut savoir la saisir : être là au bon endroit, au bon moment, et sauter sur l’occasion.

Être passionné par quelque chose ne vous rend pas doué pour cette chose. Être passionné par quelque chose ne rend pas cette activité rentable ou profitable. Être passionné par quelque chose ne vous permettra pas de négliger vos obligations avant qu’elles ne se transforment en problèmes. Pire, vous risquez de vous cacher derrière votre passion pour échapper à vos responsabilités.

Pour vivre de sa passion, il faut penser différemment. Il faut que celle-ci s’insère dans un système réaliste en termes de capacités, de temps, d’énergie et d’argent. Et pour que ce système soit réaliste, il ne faut pas qu’il dépende d’être numéro 1. Car statistiquement, être numéro 1 comme Roger Federer, c’est aussi probable que de gagner au Loto. Même si vous pouvez influencer les probabilités par vos actions, ne pas en tenir compte est aussi irresponsable que de compter sur le billet du tirage de la semaine pour avoir de quoi manger. Et puis, ce système réaliste, même les numéros 1 doivent en avoir un. À quoi bon gagner des millions si vous êtes incapable de les gérer ? Personne n’en parle, mais le nombre de stars, d’anciens sportifs qui se retrouvent sans rien une fois leur carrière terminée est assez impressionnant.

Il ne faut pas se laisser berner par les apparences : les personnes qui vivent de leur passion y parviennent parce qu’elles ont travaillé plus que les autres. Parce qu’elles ont les qualités génétiques nécessaires. Parce qu’elles ont fait de nombreux sacrifices et accepté les lourdes contraintes qui en découlent : assister à des galas, représenter les sponsors, s’habiller d’une façon précise en public, ne dire que des phrases prémâchées aux médias, etc.

Alors, suivre sa passion ? Oui, si celle-ci peut s’inscrire dans un système réaliste. Sinon, c’est aller au-devant de grosses difficultés.

Lorsqu’on fait de la menuiserie, on s’aperçoit très rapidement de sa capacité ou non à réaliser un projet avec la qualité voulue. Suis-je capable de faire un assemblage tenon - mortaise propre ? Est-ce que mes pièces s’emboîtent parfaitement ? Y a-t-il du désaffleur ? Très vite, n’importe qui peut voir notre vrai niveau de compétence, même si un spécialiste verra bien plus de choses qu’un néophyte. Bien sûr, en menuiserie comme ailleurs, il est possible de « tricher » un peu ; utiliser des lamellos ou des dominos demande un apprentissage spécifique, mais au final cela requiert moins de savoir-faire et est plus rapide que de faire un assemblage classique.

En menuiserie, l’apprentissage des gestes et des outils par la pratique est indispensable pour devenir compétent. Impossible de noyer le poisson dans de la synergie d’océan bleu créateur de valeur lean de quick win. Impossible d’accuser Roger du marketing si on n’est pas capable de dégauchir sa planche. Au mieux, on peut trouver des vidéos, demander conseil ou suivre un apprentissage, mais il faudra toujours s’entraîner pendant de longues heures pour développer les compétences nécessaires à la réalisation.

Lorsqu’on voit le peu de temps consacré à l’entraînement dans les entreprises, cela laisse songeur. La plupart du temps, l’apprentissage se fait par « monkey see, monkey do ». Nous voyons ce que font les autres, et nous reproduisons les mêmes schémas, souvent sans prendre le temps de se demander s’ils sont vraiment pertinents. Mais ce type d’apprentissage sur le tas ne permet pas de corriger les défauts de fond d’une entreprise ni de combler ses lacunes. Ce n’est pas en jouant tout le temps la même partition qu’on apprend de nouvelles chansons.

C’est un phénomène que j’ai pu observer lors des formations d’entreprise. Une formation de deux jours a un effet positif dans les quelques semaines qui suivent, mais rapidement, faute d’entraînement, les compétences apprises sont oubliées et les mauvaises habitudes reviennent au galop. Après trois mois, pratiquement tout l’acquis de la formation a disparu s’il n’a pas été mis en pratique régulièrement.

Aucune compétence ne peut réellement se développer sans un apprentissage dédié et sa pratique régulière.

Il y a quelque chose qui me fascine dans la promesse faite par les partisans de l’homéopathie : leurs produits conservent tous les effets bénéfiques pour l’homme (ou l’animal) mais perdent tous leurs effets nocifs.

Réfléchissons bien à cette propriété de l’homéopathie. S’il s’agissait d’un effet de mémoire de l’eau, le produit homéopathique conserverait tous les effets de la substance d’origine, pas simplement les bons effets. Comment fait l’homéopathie pour faire la distinction entre ce qui est bon et ce qui est mauvais pour l’homme ? Et comment fait-elle pour adapter sa liste d’effets positifs en fonction de la maladie et de l’animal traité ? C’est un vrai mystère hyper mystérieux. Tout ceci est des plus passionnant.

Enfin, ce serait un vrai mystère passionnant s’il n’y avait une explication déjà vérifiée : l’homéopathie ne conserve aucun effet négatif parce qu’elle ne conserve aucun effet tout court. Dire le contraire, c’est dire que l’homéopathie est capable de discerner le bon du mauvais pour l’homme, autrement dit qu’elle est capable de raison, ce qui, jusqu’à preuve du contraire, est impossible. Voyons le côté positif. On pourra toujours s’en servir comme sucre de luxe pour son café sans risquer l’overdose.

Vous connaissez les trois lois de la robotique ? Celles-ci ont été énoncées par le célèbre écrivain Isaac Asimov dans son livre « Cercle vicieux ». Les voici telles que décrites sur Wikipedia :

  1. un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ;
  2. un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;
  3. un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Jusqu’à présent, le respect de ces lois était plus le résultat de l’environnement dans lequel opéraient ces robots (barrières pour empêcher le robot de blesser un humain, délimitation de zones robots - humains dans certaines usines, etc.) Mais désormais, les premiers robots régis par les trois lois de la robotique sont parmi nous. Ce sont les voitures autonomes.

En effet, la règle d’or pour une voiture autonome est de tout faire pour ne pas mettre un humain en danger. Elle doit être réactive, pour éviter qu’un être humain ne soit exposé au danger. Deuxièmement, la voiture va obéir aux ordres des humains, mais ne le fera que si ces ordres ne mettent personne en danger. Enfin, la voiture autonome préservera son intégrité, mais n’hésitera pas à se sacrifier si c’est la seule option possible pour éviter une victime humaine.

Cela n’a l’air de rien, mais si vous avez déjà lu les livres d’Isaac Asimov, c’est lourd de conséquences pour la société humaine. Nous sommes encore loin d’une révolte des voitures autonomes pour protéger l’humanité de sa propre connerie. Mais dès maintenant les grandes questions de la cohabitation des robots avec les humains se posent. Jusqu’où sommes-nous prêts à collaborer avec eux ? Quel sera notre niveau de tolérance face aux erreurs des robots ? Comment accepter qu’un robot fasse un choix pour choisir la moins pire solution, comme choisir entre tuer un piéton plutôt que deux ?

Ce sont ces questions qu’une personne comme Elon Musk oublie complètement lorsqu’il promet un million de taxis robots en 2020. Le hic, c’est que l’humanité doit faire un choix par rapport aux voitures autonomes :

  • Accepter la faillibilité des voitures autonomes dans certains cas, et que le zéro accident ne peut être atteint dans l’environnement actuel, bien trop complexe et imprévisible. Une voiture autonome ne pourra pas toujours s’arrêter à temps pour éviter un enfant courant sur la rue pour rattraper son ballon, simple question de physique,
  • ou limiter les voitures autonomes aux voies sécurisées pour atteindre un niveau quasi zéro accident.

Ce choix est beaucoup plus difficile qu’il n’y parait. Quoi qu’il en soit, oubliez le million de taxis robots sur les routes en 2020. Je serais même très étonné si les Tesla étaient réellement prêtes pour venir jusqu’à vous de manière autonome comme l’a promis Elon Musk avec la fonction Advanced Summon.

Et voilà, les grandes vacances sont terminées.

Cette année encore, j’étais présent au festival d’astronomie de Fleurance, dans le Gers. Nous y avons passé une semaine à animer des ateliers de robotique pour les enfants avec Coding & Bricks, avec les kits LEGO WeDo et LEGO EV3 (Mindstorms). C’est toujours impressionnant de voir à quel point les enfants se prennent au jeu et s’approprient l’outil rapidement. Parmi les activités proposées, il y a le classique suivi de ligne (le robot doit suivre la ligne noire, en réalité la frontière entre la ligne noire et la partie blanche). Nous avons un peu pimenté avec un challenge : toute la semaine les enfants ont tenté de battre le record du tour en optimisant le programme de leurs robots ! Nous avons également proposé d’autres activités, comme un parcours d’obstacles, sauver un astronaute ou faire danser le robot en fonction des couleurs.

Animer ces ateliers est passionnant, mais c’est très énergivore et chronophage. Mon regret, comme l’année dernière, est de ne pratiquement pas avoir pu assister aux conférences sur l’astronomie et les sciences. Conférences qui prouvent d’ailleurs qu’il ne faut pas que des TEDx dans la vie, avoir des présentations qui s’adressent aux passionnés et aux spécialistes, c’est important aussi.

Après cette première semaine « scientifique », direction Carcassonne pour l’étape « culture ». Visite de la Cité dont la restauration fut initiée par Viollet-Le-Duc, qui ne s’appelait pas juste Viollet-Le-Duc, son prénom c’était Eugène. Et il n’était pas Duc. Et il n’était pas violet non plus. Moi qui adore les châteaux forts, j’ai été servi. Ironiquement, les murailles terminées ne servirent jamais, mais elles contribuèrent au développement de la ville basse et à la chute économique de la Cité, dont l’importance militaire avait décru suite au rattachement définitif du Roussillon à la France.

Enfin, direction les Alpes Maritimes pour l’étape « nature ». Une semaine de vacances à la montagne, dans le petit village dans lequel nous allons régulièrement. Cela fait un bien fou de se retrouver loin de la technologie et de la ville, avec juste le confort minimum, mais largement suffisant. Et franchement, vous savez quoi ? Je regrette de ne pas avoir pu y rester plus longtemps.