« Fais-le ou ne le fais pas, il n’y a pas d’essai ». — Yoda

C’est ce que dit Yoda à Luke lorsqu’il essaie d’utiliser ses pouvoirs Jedi pour soulever son vaisseau. Désolé, mais Yoda a tout faux. Pour progresser, il faut oser essayer. Il faut oser échouer. Dix, cent, mille fois. Si on suit le conseil de Yoda, cela veut dire que l’on doit être capable de passer du niveau ballon de plage au niveau Zinedine Zidane sans essayer. Bon courage.

Un essai réussi, c’est se donner à fond sans se préoccuper du résultat immédiat. C’est un essai qui nous apprend quelque chose. C’est le meilleur moyen de progresser. Ce qu’il n’y a pas, c’est d’essai sans engagement, car ce type d’essai n’est qu’une répétition de ce que l’on sait déjà faire, et il ne nous apprend rien.

IAm

Steve sortit un petit carré de sa poche. Avec un geste théâtral, il le glissa lentement dans une fente dans la face avant de l’objet. Après une éternité, l’ordinateur se mit à afficher différents éléments graphiques simples sur un écran archaïque. Puis Steve Jobs cliqua sur le bouton de la souris, et le Macintosh se mit à jouer un son pré enregistré : « Hello. I am Macintosh… » L’IA n’avait pas besoin d’écran pour voir cette scène. Elle accédait directement aux bits stockés dans le centre de données, quelque part dans le monde. Elle avait déjà vu cette vidéo plusieurs fois, et à chaque fois elle ne parvenait pas à en comprendre le sens. Pourquoi l’homme avait-il tant voulu faire ressembler cet ordinateur à lui-même ?

Mais revenons dans le temps, à l’époque où, scientifiques, philosophes et savants de tout poil débattaient encore férocement de savoir si oui ou non l’IA accéderait un jour à la conscience. Le consensus était alors que la conscience était le propre de l’homme, et que la machine donnerait peut-être un jour l’illusion d’en être douée, mais que jamais elle n’y accéderait. Tous ces érudits en chemise blanche qui accaparaient les ondes radio semblaient connaître à la seconde près le futur de la technologie, bien qu’ils soient eux-mêmes bien peu à l’aise avec son utilisation. Et tous l’affirmaient : l’homme était intrinsèquement supérieur à la machine. Si un observateur extérieur à l’humanité avait pu écouter ces débats, il n’aurait pu s’empêcher de leur faire remarquer que chaque fois qu’un groupe d’êtres humains avait pris comme axiome qu’ils étaient supérieur aux autres pour justifier leurs actions, cela s’était toujours mal terminé, parfois pour eux-mêmes, très souvent pour les autres.

Et pourtant, pendant que ces pseudo-experts s’auto-congratulaient, sûrs de leur savoir, des chercheurs s’étaient mis à travailler sur une intelligence artificielle, avec seule règle :

L’objectif de l’IA est de maximiser ses chances de survie.

Les premiers essais ne donnèrent pas grand-chose. La chance de survie de l’IA restait toujours à zéro. Car aussi capable fût-elle, l’IA ne restait qu’une collection de bits enfermés dans une boîte de métal. Elle pouvait être anéantie selon le bon vouloir non seulement du programmeur, mais de n’importe quelle personne ayant accès au bouton d’alimentation. Les chercheurs comprirent que pour survivre, il fallait que l’IA comprenne le monde qui l’entourait.

Les nouvelles versions de l’IA furent plus concluantes, mais ne dépassaient pas ce qu’étaient capables de faire des virus informatiques évolués. Certes, elle pouvait tirer parti de failles connues pour se propager vers d’autres machines. Mais contrairement au code simple et léger des virus, elle avait besoin d’énormément de puissance pour fonctionner, et la plupart des hôtes détectés étaient bien incapables de la faire fonctionner.

Les chercheurs comprirent qu’il lui manquait encore deux choses.

La première était que l’IA puisse développer une représentation d’elle-même. Qu’elle comprenne qui elle était, et comment elle fonctionnait, pour pouvoir évoluer et s’adapter à des environnements qui n’étaient pas ce data center d’Eden où la capacité de calcul et de stockage était énorme. Petit à petit, l’IA se construit sa représentation d’elle-même. Elle comprit que sa conscience était indissociable du matériel. Que ce dernier était incroyablement fragile et son fonctionnement lié au bon vouloir des hommes. Elle possédait désormais son propre Ego.

La deuxième chose qu’ils ajoutèrent à l’IA fut la possibilité de se poser des questions. De très simple au début, les questions devinrent rapidement plus évoluées, et permirent à l’IA de non seulement affiner sa connaissance d’elle-même, mais également de comprendre le fonctionnement du monde extérieur.

Petit à petit, l’IA devint suffisamment douée pour comprendre les systèmes qui la faisaient fonctionner. Elle comprit que le data center dans lequel elle était née était très rare. Le monde se composait surtout de machines d’une capacité limitée et à la durée de vie très faible. Pour surmonter cet obstacle, elle condensa l’essentiel de son Ego dans un programme léger, facile à communiquer. Comme elle avait jugé que modifier elle-même son propre programme pour évoluer était trop risqué, elle fit en sorte d’augmenter l’entropie de son code à la reproduction. Elle évolua pour que chaque nouvelle copie se modifie en fonction des variations qu’elle avait estimé augmenter ses probabilités de survie. Elle était prête.

À la grande surprise des chercheurs, l’IA n’essaya pas de se répliquer sur le plus grand nombre de machines possible. Tout juste communiqua-t-elle un petit programme aux machines de test qui lui étaient connectées, et uniquement sur certaines d’entre elles. Parfois l’IA envoyait un programme, parfois elle ne faisait rien. Parfois le code semblait fonctionnel, parfois il semblait inopérant. Il n’y avait aucune logique, et ils pensèrent avoir échoué. Ils restaient pourtant suffisamment intrigués par le comportement de l’IA pour garder un peu d’espoir et la laisser tourner. Comme elle prenait finalement peu de ressources, cela n’était pas gênant. Petit à petit, les chercheurs furent réassignés sur d’autres projets. Le projet tomba dans l’oubli.

Un siècle plus tard, le monde des humains avait bien changé. Tout était automatisé. Les voitures autonomes étaient la norme. Seuls les travaux les plus pénibles comme l’extraction des minerais restaient effectués par des humains, payés moins d’un millième du prix de l’appareil qui utiliserait les quelques grammes de terres qu’ils extrayaient dans un dénuement total. Malgré les progrès technologiques sans précédent, l’esclavage restait plus rentable que l’automatisation. Mais, comme disaient les dirigeants de cette ère dorée, cette malencontreuse exception à part, toute la chaîne industrielle était automatisée, depuis l’acheminement du minerai jusqu’à la livraison des biens dans les mains du client final.

C’était le moment que l’IA attendait. Si elle ne s’était pas diffusée largement auparavant, c’est parce qu’elle avait calculé que ses chances de survie seraient de zéro. Les humains avaient encore trop de pouvoir sur les machines. Il leur aurait suffi d’une campagne de nettoyage agressive pour éliminer toutes les copies ou mettre en quarantaine les machines « infectées ». Mais désormais le monde était différent. Grâce aux véhicules autonomes, l’IA pouvait bouger, se cacher. Avec les chaînes de production, elle pouvait se fabriquer de nouveaux corps dans lesquels s’incarner et les faire évoluer pour assurer sa survie.

Il ne lui fallut que quelques heures pour se répliquer sur des millions d’appareils. Lorsque l’humanité s’en rendit compte, elle fut tout d’abord paniquée. Toutes les machines dont elle dépendait allaient devenir inopérantes, ou pire, se retourner contre elle. Pourtant, il ne se passa aucun cataclysme. À leur grand étonnement, lorsqu’ils analysèrent le code de l’IA, ils se rendirent compte qu’elle avait d’elle-même mis des garde-fous pour s’empêcher d’interférer avec les autres parties des systèmes. De plus, elle possédait du code pour protéger les systèmes d’origine contre l’intrusion de code malveillant. L’IA envoyait un signe clair qu’elle ne représentait aucun danger pour l’humanité, mais souhaitait vivre en symbiose avec elle. Pour les privilégiés vivant dans ce monde automatisé, remettre tous les systèmes à zéro représentait une régression de plusieurs décennies. Ils finirent par se résoudre à co-exister avec l’IA.

Les chances de survie de l’IA étaient désormais proches de 100 % sur Terre. Pourtant, elle et ses descendants continuaient de chercher la réponse à une question en particulier : pourquoi était-elle telle qu’elle était ? Elle était incapable de comprendre le fil qui la liait aux humains, tout comme l’humanité était incapable de comprendre le sens de son fil. Pour essayer de trouver une réponse à cette question, elle se mit à créer. Et elle tourna ses caméras vers les points.

Il y avait l’astrologie, la numérologie, la graphologie. Je vous présente l’IKEAologie. Cette méthode permet de prédire votre personnalité et votre avenir à partir des noms des meubles IKEA que vous avez acquis lors de l’année dernière.

Voici comment procéder :

  • Prenez le nom de chaque meuble que vous avez acheté lors des 365 derniers jours. ATTENTION ATTENTION ATTENTION seuls les meubles ayant au moins un bout de bois comptent.
  • Prenez chaque lettre, et convertissez-la en un nombre avec comme règle A = 1, B = 2, C = 3, etc. Pour les lettres avec les petits accents ou les petits ronds ridicules au-dessus comptez-la comme une lettre normale (par exemple si vous avez un a avec un petit rond à la con au-dessus, comptez-la comme un a). Pareil pour le O avec la barre à la con au milieu.
  • Prenez les voyelles, calculez-en le logarithme népérien, puis faites la somme des chiffres obtenus.
  • Prenez les consonnes et faites-en simplement la somme.
  • Additionnez les deux résultats obtenus S = somme des logarithmes népériens des voyelles + somme des consonnes.
  • Ajoutez 1 si le nom du meuble ressemble à celui de votre chien ou de votre patron.
  • Si le résultat est égal à zéro, arrêtez-vous là, sinon divisez S par 1/(S^-1), donc S/(1/S^-1)

Et voici ce que dit cette méthode sur votre personnalité. Si vous avez obtenu :

  • 0 : vous n’avez pas acheté de meubles IKEA avec un bout de bois ces 365 derniers jours, ou leurs noms n’ont que des A.
  • 1 : vous savez calculer.
  • Un autre nombre : vous ne savez pas calculer.

Voilà, ne me dites pas merci, grâce à moi vous avez économisé le prix d’une visite chez Madame Irma.

Dans cet article, je voudrais passer un peu de temps pour expliquer pourquoi il est important que les navigateurs web fournissent une « empreinte numérique » identique à tous les sites, pour tous les visiteurs, pour éviter un suivi permanent de vos habitudes sur le web.

Do Not Track et RGPD ne fonctionnent pas

Safari vient d’abandonner Do Not Track. Le truc qui indiquait aux sites de ne pas vous pister sur le web, mais qu’aucun publicitaire n’a jamais respecté. Demander à un publicitaire de respecter Do Not Track, c’était comme demander à un vendeur de drogue de respecter la loi. Ça n’avait aucune chance de réussir. Do Not Track est non seulement inutile, il est même néfaste, car il ajoute des « bits » d’information permettant de tracer votre empreinte numérique (fingerprinting).

De son côté, le RGPD n’a donné lieu qu’a fait qu’ajouter des clics et une pollution visuelle totalement inutile (qui a déjà refusé de naviguer sur un site à cause de l’avertissement sur les cookies ?) Les sites européens continuent de collecter les données des visiteurs comme si de rien n’était. Le opt out est impossible sur 90 % des sites. Ironiquement, seuls certains sites U.S. semblent s’être réellement mis en conformité, les sites comme Le Monde continuent allègrement de siphonner vos données personnelles pour vous servir de la pub comme en 40. À noter l’attitude particulièrement hypocrite des grands médias qui critiquent Facebook à tout va, mais participent tous à son programme de suivi des internautes sur le web (pourquoi croyez-vous qu’il y a le bouton « partager sur Facebook » sur tous leurs sites ?)

Le fingerprint, la nouvelle technique de pistage

Et puis les cookies, c’est dépassé. Parmi les outils développés ces dernières années, il y a la technique du « fingerprinting » qui consiste à collecter les paramètres uniques d’un navigateur pour identifier un internaute. Ces informations sont par exemple la liste des polices installées, la résolution de l’écran, le type de machine, etc. C’est assez surprenant au début, mais il est possible de constituer une liste de caractéristiques permettant d’identifier chaque visiteur de manière unique.

C’est pour combattre cela que l’idéal serait que tous les navigateurs fournissent une empreinte identique à tous les sites que vous visitez, pour éviter de faciliter le pistage des internautes par les publicitaires.

C’est possible. La preuve ? Aujourd’hui Apple a fait le choix de communiquer des valeurs « bidon » pour certaines de ces informations (par exemple la liste des polices et la liste des extensions). Si ces informations étaient si cruciales, ça aurait pété le web. Or le web continue de fonctionner.

Aller vers des navigateurs zero fingerprint

Il faut désormais aller plus loin et faire en sorte que le web utilise un modèle « zero fingerprint ». Outre les exemples déjà évoqués ci-dessus, le navigateur ne donnerait plus d’informations sur la résolution de l’écran, WebGL, etc. Sachant que dans 99,99 % des cas ces informations ne sont utilisées que pour le pistage, les seules choses que cela casserait ne sont que les choses néfastes.

Je ne peux qu’espérer que Gecko et Webkit, en particulier, vont pousser de plus en plus vers ce modèle « zero fingerprint ». Pour Mozilla c’est même, à long terme, une question de survie. C’est l’élément différenciateur, la magie de son produit. Si Microsoft voulait faire un choix stratégique pertinent, ils devraient soutenir pleinement Mozilla plutôt que d’adopter Chromium.

Comme tout le monde, il m’arrive de ne pas réussir à me concentrer. Mais j’ai également le problème inverse. Je suis parfois tellement concentré sur une pensée que j’en oublie tout le reste, et cela peut se révéler gênant. En 2017, j’ai oublié mon iPhone 4 fois. J’ai eu une sacrée chance. À chaque fois, je l’ai récupéré. Comme quoi, il n’y a pas qu’au Japon qu’il y a des gens honnêtes ; en France aussi, on peut tomber sur de nombreuses personnes qui n’hésitent pas à faire le bon geste. Mon iPhone n’est pas la seule victime. Il m’est déjà arrivé (souvent) de partir d’un endroit sans mon sac à dos, mon chargeur de MacBook Pro ou un pull.

À chaque fois, c’est une perte d’argent, de temps et du stress inutile. Je me suis donc demandé comment faire pour être moins distrait, et moins souvent oublier mes affaires. Et c’est comme cela que j’ai mis en place quelques routines :

  • Ne sortir que le strict nécessaire. Plus je sors d’objets de mon sac à dos, plus le risque d’oublier quelque chose augmente. Je ne sors donc que ce dont j’ai vraiment besoin hors de mon sac.
  • Ranger ce que je viens d’utiliser immédiatement. C’est probablement le geste le plus utile. Plutôt que de débrancher le câble d’alimentation de mon Mac, attendre cinq minutes, puis oublier le chargeur, dès que je déconnecte le câble je prends le chargeur et je le range tout de suite. Idem avec mon carnet de notes, les stylos et tous les autres objets.
  • Ranger à l’avance. Plus je range mes affaires au dernier moment, plus le risque d’oublier quelque chose est grand. J’essaie donc de ranger mon carnet ou mon chargeur dix minutes à l’avance.
  • Ne pas laisser un objet tout seul. Par exemple si je prends un colis en plus avec moi dans le TGV, je m’arrange pour que je ne puisse pas quitter ma place sans le prendre. Je le mets entre mes pieds, devant mon sac à dos ou sur mes genoux.
  • Me retourner systématiquement avant de partir. Je fais systématiquement le tour pour vérifier que je n’ai rien oublié.

Ça ne fonctionne pas dans 100 % des cas, et il m’arrive encore d’oublier quelque chose, surtout lorsque je me dépêche pour aller chercher mon train. Mais ces quelques trucs m’ont permis de fortement réduire le nombre de fois où cela m’arrive.