Pierre Morsa

Pierre Morsa | Présenter en public et GTD

Vous l’avez sûrement déjà lu ailleurs, Microsoft va fermer tous ses Microsoft Stores. Ceux-ci avaient été créés lors de l’ère Ballmer chez Microsoft avec un objectif : offrir une expérience client fantastique copier Apple. Cela résume assez bien la philosophie de Microsoft sous l’ère Ballmer : copier ce qui marche, sans réfléchir si cela a du sens. Puis est arrivé Satya Nadella. Au lieu de copier Apple, il a regardé ce qui était bien pour Microsoft. Il a redynamisé l’offre Office 365 (aujourd’hui Microsoft 365). Il a arrêté de traiter les autres plateformes, dont le Mac, comme des clients de seconde zone. Et cela a marché. Avec sa position dominante sur les outils bureautiques dans les entreprises et sa position dans le cloud, Microsoft a, à mon avis, un avenir plus sécurisé qu’une entreprise comme Apple, qui dépend encore beaucoup du hardware, ou comme Google, qui dépend trop de son moteur de recherche.

Tellement d’entreprises essaient de copier ce qui marche pour les autres qu’elles en oublient la question essentielle : est-ce que faire la même chose a du sens pour moi ?

Si vous n’êtes pas convaincu, prenez le parallèle avec la musique. Les groupes qui réussissent s’inspirent des autres, mais ils ne les copient pas. Ils ne prennent que les éléments qui leur conviennent et les adaptent à leur style. Ce n’est pas pour rien que tout le monde se souvient de Led Zeppelin et qu’aucun de leurs nombreux imitateurs n’a jamais atteint la même notoriété.

Alors avant de copier notre voisin, demandons-nous si c’est vraiment une bonne idée.

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Le monde des icônes est fascinant. Ce qui m’intrigue le plus, c’est à quel point le dessin original peut perdre tout sens réaliste et ne garder qu’un sens symbolique dénué de lien avec le monde réel.

Prenons par exemple l’icône de la disquette. Cette icône date des années 80 ou 90 (je ne me souviens plus exactement). À l’époque, sa signification était claire pour la plupart des utilisateurs : cliquer dessus revenait à sauvegarder le document. Aujourd’hui, c’est toujours cette icône qui est utilisée dans Microsoft Office ; pourtant, la plupart des personnes nées après les années 2000 ignorent totalement ce que cela représente. J’ai fait le test ; j’ai montré une vieille disquette à mes enfants ; ils ignoraient totalement à quoi cela pouvait servir. Pourtant, c’est toujours la disquette qui est utilisée. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de symbole clair pour la remplacer ; impossible de symboliser l’action de sauvegarde par une icône de SSD ou de serveur ; personne ne comprendrait ce que c’est. Finalement, c’est Guillaume Gete qui a raison : de nos jours c’est l’action même de sauvegarder qui devrait être obsolète. Microsoft Office n’a pas de sauvegarde automatique en dehors du Cloud simplement pour pousser les utilisateurs à utiliser OneDrive ; la raison est purement marketing, pas technique.

D’autres icônes ont perdu une grande partie de leur sens ; combien de temps le cornet de téléphone sera-t-il encore reconnu par les utilisateurs ? Et la caméra traditionnelle ?

Et parfois, je me pose la question inverse : avant cette icône, qu’est-ce qui pouvait bien être utilisé ? Le symbole le plus frappant est l’ampoule électrique, utilisée universellement pour représenter une idée. Même lorsqu’on représente le fameux eurêka d’Archimède, on dessine une ampoule, alors que des indices tendent à montrer qu’elles n’existaient pas encore à son époque.

Mais qu’est-ce que les gens pouvaient bien utiliser pour représenter une idée avant l’ampoule électrique ? Mystère. Je n’ai jamais trouvé la réponse à cette question, Michel-Ange, Rembrandt et les autres peintres classiques ayant refusé de nous léguer un témoignage de cette symbolique à leur époque dans leurs délires huileux. Ce qui me laisse croire que les gens n’avaient tout simplement pas d’idée avant.

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J’ai découvert GTD (Getting Things Done) en 2007 via internet. À l’époque j’avais été enthousiasmé par cette méthode d’organisation personnelle, que j’avais rapidement adoptée. Les livres électroniques n’étant pas encore rentré dans mes habitudes, j’avais commandé le livre de David Allen en anglais en ligne, parce qu’il n’avait pas encore été traduit en français (aujourd’hui chose faite sous le titre s’organiser pour réussir). Cette année, cela fera donc 10 ans que j’utilise quotidiennement la méthode GTD pour m’organiser.

En regardant en arrière, je me rends surtout compte aujourd’hui que mon utilisation de GTD au début n’était pas efficace, et n’augmentait pas ma productivité. J’étais tellement fasciné par tous les aspects nouveaux de la méthode que je passais plus de temps à expérimenter et à peaufiner mon système qu’à réellement gagner en productivité. Mais petit à petit, j’ai passé de moins en moins de temps à modifier mon système GTD, et de plus en plus de temps à faire. Juste faire ce que je devais faire. Et au bout de cinq à sept ans environ, GTD est devenu presque invisible, transparent.

Aujourd’hui j’applique beaucoup de concepts de GTD sans même y penser. Mais pour y arriver, j’ai dû appliquer la méthode quotidiennement pendant des années. J’ai arrêté de bidouiller mon système sans arrêt. J’ai arrêté de tester toutes les applications possibles et imaginables. Je me suis fixé sur un choix qui me convenait et j’ai essayé de faire preuve de régularité.

J’ai l’impression que, faute de régularité, nous ne maîtrisons finalement que bien peu de compétences. Nous suivons une formation d’une journée puis nous ne mettons jamais en pratique ce que nous y avons appris ; faute de pratique, nous avons tout oublié quelques semaines plus tard. Alors, la régularité, ce n’est pas dristruptif, ce n’est pas cool. Mais c’est terriblement efficace.

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De tout temps, nous avons toujours voulu des remèdes rapides et surtout ne demandant aucun effort. Perdre du poids en buvant du coca. Devenir immortel avec une lampe au sel. Devenir super musclé en regardant la télé. Être attaché parlementaire sans rien faire. Si on exclut le dernier exemple rendu possible par la singularité de l’espace-temps politique, dans la réalité aucune de ces solutions ne fonctionne. Au fond de nous-mêmes, nous le savons, mais nous avons envie de croire que c’est possible.

Si vous regardez les pubs poubelles du web, vous verrez qu’un grand nombre concernent ces « solutions miracles ». Elles vous attirent avec un joli titre accrocheur et vous endorment avec des promesses irréalistes. Le seul bon réflexe à avoir face aux solutions miracles, c’est de s’enfuir en courant.

Pour notre corps, c’est pareil. Internet abonde en publicités avec des images fauxtoshopées pour nous vendre des solutions miracles pour attraper un corps de rêve en mangeant des gâteaux. Au fond de nous-mêmes, nous savons que ces méthodes sont impossibles, qu’il s’agit forcément d’une arnaque. Et pourtant, c’est plus fort que nous, nous voulons y croire.

TED est victime de ce même phénomène. Les présentations des intervenants devraient nous pousser à en découvrir plus sur les sujets qui nous intéressent. Au lieu de cela, trop souvent nous éteignons notre raisonnement critique et nous nous laissons bercer par les paroles des intervenants. Pourtant, pour voir l’envers du décor, il y a il y en a beaucoup qui présentent très bien mais ne maîtrisent pas réellement ce dont ils parlent. À l’inverse, je connais des experts ennuyeux, qui font moins le show, mais qui mériteraient 100 fois plus d’être sur scène.

En achetant des solutions faciles, nous nous trompons nous-mêmes. Nous évitons de prendre le chemin difficile : celui de la régularité. Or, que ce soit pour apprendre une langue étrangère, maigrir, jouer d’un instrument de musique, écrire un livre, ou progresser dans n’importe quel domaine, il n’y a qu’une approche qui fonctionne : celle de la régularité.

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L’étude sur le coronavirus publiée dans le journal « The Lancet » a fait couler beaucoup d’encre. Mais dans un contexte chargé d’émotion, peu de journaux font finalement vraiment la part des choses.

Oui, le journal The Lancet n’a pas suffisamment vérifié l’étude avant de la publier. Mais ils ont fait ce qu’ils devaient faire. Lorsque des critiques ont été émises sur la validité des données et des résultats, ils ont regardé si les faits justifiaient ces critiques. Comme c’était le cas, ils ont émis une mise en garde. Puis, les données sur lesquelles l’étude était basée s’avérant trop peu fiables, ils sont passés à l’étape suivante, ils l’ont rétracté.

C’est la preuve que le processus scientifique fonctionne. La science n’est ni une réponse, ni une solution, ni un point de vue, ni une croyance. C’est un processus complexe qui vise à valider les données, éliminer les erreurs et les biais cognitifs humains du processus d’expérimentation. C’est un processus fastidieux qui consiste à vérifier et revérifier si les conclusions correspondent aux faits.

Les scientifiques font des erreurs, souvent involontaires, parfois volontaires ; ils restent des humains, limités par leurs connaissances, leurs croyances, les données et la technologie à leur disposition. Le processus scientifique est là pour nous protéger au mieux de ces erreurs. Il existe aussi pour éviter qu’un individu ne profite de son aura pour imposer son point de vue sans preuve. Le vrai problème, ce n’est pas que Didier Raoult soit pour l’hydroxychloroquine. Le vrai problème, c’est qu’il refuse de mener un essai clinique rigoureux permettant de valider ou invalider la véracité de son affirmation.

Si les journaux pouvaient recentrer le débat sur le problème de méthodologie plutôt que sur le problème de personnalité, on ferait déjà un très, très grand pas en avant.

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