Depuis l’année dernière, nous avons la fibre optique à la maison. Chaque fois que je dois utiliser une connexion plus lente, je bénis ce jour magique où l’installateur de mon fournisseur d’accès est venu percer un petit trou dans ma façade pour faire passer le précieux câble.

En y réfléchissant, l’accroissement de la vitesse des outils informatiques lors de cette décennie a fortement contribué à réduire ma tendance à la procrastination, cette manie de remettre au lendemain ce que l’on peut faire aujourd’hui. L’accroissement de la vitesse m’a permis de rester beaucoup plus facilement dans le « flow », cet état où nous sommes parfaitement concentrés et où tout semble s’enchaîner de manière fluide.

Il y a la vitesse d’internet. Lorsque j’étais sur le câble, pourtant déjà plutôt rapide, l’idée d’avoir à attendre une heure pour envoyer une vidéo à un client n’était vraiment pas motivante. Aujourd’hui, cet envoi prend souvent moins d’une minute. Outre le gain de temps, le point le plus important est que mon « flow » n’est pas brisé.

Il y a aussi la vitesse des ordinateurs. Mon MacBook Pro 17” de 2009 était une très belle machine, mais son SSD n’était pas plus rapide qu’un disque dur classique, et le processeur de l’époque restait poussif pour des tâches simples. Tout cela a changé avec l’apparition de la génération des MacBook Pro de 2013. Avec son SSD et son processeur ultrarapides, toutes les tâches semblaient se faire instantanément. Plus besoin d’attendre plusieurs minutes pour lancer une grosse application ou ouvrir un gros document. Plus besoin d’attendre pour réaliser une mise en forme ou appliquer un filtre. De nouveau, la rapidité de mon ordinateur me permet de rester dans le « flow ». Les applications aussi ont progressé, et ont mis l’accent sur la rapidité, un point faible récurrent des Mac, surtout dans les années 80-90. Plus besoin d’attendre que Word finisse de tout remettre en page à la moindre modification un peu compliquée.

Aujourd’hui, je peux réaliser 95 % de mes tâches sans devoir attendre plus de quelques secondes. C’est extrêmement agréable. Cela me fait gagner du temps. Mais surtout, cela m’a fortement aidé à vaincre ma tendance à la procrastination. Bien sûr, ce n’est pas le seul facteur, j’ai également énormément cherché et travaillé pour vaincre mes autres blocages. Mais ce sera pour un autre article.

« Ne croyez pas tout ce que l’on raconte dans les journaux, réfléchissez et vous verrez les énormités que les journalistes racontent ». Cette phrase, on ne l’entendait pas avant. Mais Internet a tout cassé et a fait chuter la qualité moyenne du journalisme de manière dramatique. Avant, les journalistes étaient des personnes qui vérifiaient leurs sources et avaient les moyens d’écrire des articles de qualité.

Sauf que. En réalité, cette phrase, je ne l’ai pas entendue en 2019. C’est mon professeur de macro-économie qui nous donnait cette mise en garde en 1991. Bien avant que ce soit « la faute à Internet », donc.

La réalité, c’est que la qualité moyenne du journalisme n’a pas vraiment baissé. Au contraire, avec Internet, les personnes intelligentes peuvent vérifier l’information avec plusieurs sources. C’est plutôt nous qui avons tendance à idéaliser le passé. Il est vrai qu’Internet est un excellent vecteur de communication pour véhiculer de la désinformation ou des théories du complot. Mais celles-ci existaient bien avant Internet. Que ce soit les tarés de nazis et leurs théories pourries ou les articles inventés de toute pièce par la presse trash, la propagande et la désinformation ont toujours existé et ont été depuis toujours utilisées pour manipuler l’opinion.

Aujourd’hui, nous accusons Internet d’être la cause du basculement de nos démocraties vers des populistes comme Trump. Nous accusons Facebook d’être à l’origine du vote en faveur du Brexit. Oui, c’est vrai que les plateformes comme Twitter et Facebook ne sont pas des exemples de vertu. Les personnalités y sont traitées comme des personnes plus égales que les autres. Mais ces plateformes ne sont qu’un canal de communication. Les véritables responsables, ce sont les personnes qui manipulent l’information pour servir leur agenda personnel. Ce sont les dirigeants européens tellement obnubilés par la sauvegarde du système économique de la zone euro qu’ils semblent en avoir complètement oublié l’existence des citoyens. Ce sont les hommes politiques qui, à force de privilégier les intérêts individuels au lieu des intérêts collectifs, détruisent la confiance, renforcent les inégalités et brisent le lien social.

Évidemment, c’est beaucoup plus facile de dire que c’est la faute des réseaux sociaux. Mais ils ne sont qu’un moyen, pas la source du problème.

Pour nos démocraties, mener une guerre contre la désinformation en nous arc-boutant sur des positions de principe statiques, c’est comme compter sur la ligne Maginot pour stopper les nazis. Signer des accords avec les plateformes pour que la désinformation s’arrête, c’est conclure un pacte de non-agression à la Neville Chamberlain. Aujourd’hui, la guerre contre la désinformation a besoin de moyens modernes, aussi bien humains que technologiques que réglementaires. C’est aux démocrates de s’armer et de mener cette guerre avec conviction. Et c’est aussi à nous de prendre nos responsabilités pour protéger nos démocraties.

Samedi, je me suis réveillé et j’ai eu une idée en lisant un article sur MondayNote : et si j’attaquais les journaux français pour abus de position dominante parce qu’ils refusent de me payer pour afficher de la pub pour mon blog ? En refusant d’afficher ma pub et de me payer pour le faire, ils abusent de leur position et font chuter le nombre de vues sur mon blog. Ouin ouin.

Faire payer les journaux pour qu’ils affichent ma pub ??? Et de surcroît, les attaquer pour abus de position dominante parce qu’ils refusent de le faire ? Là, vous êtes probablement en train de vous demander si je ne suis pas devenu fou. Vous allez me conseiller de prendre mes petites bouboules roses et de retourner me coucher. Pourtant, sur le principe, ma position est exactement la même que celle des journaux français — et avant eux, espagnols et allemands — face à Google. Face au refus de la firme américaine de payer pour leur faire de la pub (les fameux snippets), les journaux veulent lui intenter un procès pour abus de position dominante.

Alors je vais faire comme eux. Pourquoi faire un effort alors que les journaux peuvent m’assurer une rente pour le siècle qui vient ? Sans déconner, l’autorité de la concurrence peut bien me rendre ce petit service. C’est ça, ou alors je demande de privatiser le service des impôts à mon seul profit. J’aurais bien pris la Française des jeux ou les Aéroports de Paris, mais puisqu’on est dans l’absurde, autant assumer jusqu’au bout.

Vous venez de faire une excellente réunion de brainstorming. Félicitations. Vous venez de réaliser le 1 % facile. Il ne vous reste plus qu’à réaliser les 99 % difficiles.

Le côté pervers des réunions de brainstorming, c’est qu’elles donnent l’impression aux personnes d’avoir accompli de grandes choses en peu de temps. Mais une fois l’euphorie retombée, on commence à regarder les détails. On se rend compte que certaines idées « super urgentes prioritaires importantes » n’ont en réalité qu’une très faible importance. On découvre qu’il y a plein de choses réellement importantes qui ont été oubliées. Et surtout, on découvre qu’en réalité rien n’a été fait et qu’il faut se mettre au boulot. Tout d’un coup, les super idées semblent beaucoup moins passionnantes.

Ce qui distingue les entreprises qui innovent réellement des autres, c’est qu’elles n’ont pas simplement de bonnes idées, elles ont aussi la capacité, les compétences et la volonté de les réaliser.

Suite à mon billet sur le problème systémique de l’écosystème numérique français, je suis sûr que de nombreuses personnes restent persuadées que j’exagère les problèmes causés par mes trois facteurs (dévalorisation des profils compétents, appropriation du pouvoir par une caste sans compétence, perturbations politiques). J’ai donc décidé d’illustrer à quel point ces trois facteurs, regroupés, peuvent être destructeurs.

Mon premier exemple s’appuiera sur cet article, en anglais, qui donne sont point de vue sur comment Boeing en est arrivé au fiasco du 737 Max. Je dis point de vue, car je pense que l’article n’est pas complètement objectif — mon article ne l’était pas non plus, c’est vrai que j’ai chargé la barque des grandes écoles et qu’elles ne peuvent pas être toutes mises dans le même panier — il reste cependant très intéressant.

L’article cite la fusion entre McDonnell Douglas et Boeing dans les années 90 comme une des raisons majeures du problème. Pourquoi ? Parce que suite à cette fusion :

  • La culture de Boeing est passée de « centrée sur l’ingénierie » à « centrée sur le comptage des haricots ». Autrement dit les personnes qui concevaient les produits ont été reléguées à des rôles subalternes dans lesquelles elles n’avaient plus le dernier mot sur les décisions importantes, comme la sécurité de l’avion.
  • Les rôles de dirigeants ont été accaparés par les financiers. Ainsi, en 2005, Boeing engagea James McNerney, son premier CEO sans expérience en ingénierie dans l’aviation civile. Celui-ci avait comme expériences précédentes Procter & Gamble, McKinsey, et General Electric. Ce fut lui qui prit la décision de lancer le plus vite possible le 737 Max pour concurrencer l’A320 Neo d’Airbus.
  • La culture de l’ingérence politique venant des appels d’offres militaires s’est immiscée dans la partie aéronautique civile de Boeing. Ces appels d’offres sont complexes, bourrés de contradictions liées aux intérêts divergents des différents corps d’armes et demandant des niveaux de performances totalement irréalistes. Tout cela mène à des programmes dont les coûts explosent, aux réalisations finales pleines de compromis.

Si vous regardez ces trois éléments, ce sont les mêmes problèmes que ceux que j’ai cités pour l’écosystème numérique français : confinement des personnes compétentes à des rôles subalternes, appropriation des rôles de dirigeants par des personnes sans compétences sur le produit et ingérence politique sans la vision nécessaire.

Malheureusement, dans le cas de l’aviation civile, les conséquences d’une telle culture sont beaucoup plus graves. Quelque part, heureusement, dans le numérique, les seules conséquences sont des services inutilisables ou peu compétitifs. Et quelques milliards d’Euros partis en fumée. Enfin non. L’argent est bien quelque part. C’est le résultat qui est parti en fumée.