Pierre Morsa

Pierre Morsa | Présenter en public et GTD

La semaine dernière, je disais qu’Asimov a tout faux. Malheureusement, je dois en repasser une couche : Asimov a encore tout faux. La source de mon ire cette semaine ? La maxime que répète à tout bout de champ son personnage Salvor Hardin :

La violence est le dernier refuge de l’incompétence.

D’un côté, il a raison. Il suffit de regarder les abrutis qui ont envahi le Capitole : une violence gratuite qui ne peut masquer le manque total d’intelligence de leurs actions. Dans la cour d’école, c’est le gros con qui passe son temps à frapper les personnes plus faibles que lui. En entreprise, c’est le supérieur incompétent qui gueule sur ses subalternes.

D’un autre côté, là où je ne suis pas d’accord, c’est que cette formulation (et la façon dont l’histoire se déroule dans son livre) laisse à croire que la violence n’est utilisée que par les personnes incompétentes. Or ce n’est pas vrai. La violence, bien que toujours répréhensible, peut être utilisée efficacement par des personnes compétentes qui n’ont aucun remords par rapport aux conséquences de leurs actions. Les États-Unis l’ont bien compris ; la diplomatie par les armes est un pan entier de leur doctrine. Seul, cela ne fonctionnerait pas, la suprématie militaire des États-Unis repose entièrement sur leur compétence à développer et maintenir leur suprématie économique.

Dans le livre d’Asimov, Salvor Hardin parvient à ses fins sans utiliser la violence, car effectivement son ennemi est incompétent. Mais aurait-il gagné contre un ennemi compétent utilisant la violence ? Je ne le crois pas.

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J’adore Isaac Asimov, c’est probablement un de mes 10 auteurs préférés (et oui, pour les mauvaises langues, j’ai déjà lu les livres de plus de 10 auteurs). Mais comme beaucoup d’écrivains essayant de décrire un monde imaginaire, il a tout faux. Quand je dis qu’il a tout faux, je parle de ses lois de la robotique. Sans rentrer dans le détail, les trois lois sont, dixit Wikipedia :

  1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
  2. Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ;
  3. Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.

Dans son univers, il était très difficile, voire impossible, de créer un cerveau de robot qui ne respectait pas ces trois lois. Malheureusement dans notre monde, le monde réel, c’est très simple de coder des robots qui n’obéissent pas à ces trois lois, et c’est déjà le cas. Il suffit de voir le développement des drones, des missiles « intelligents » et autres engins de guerre plus ou moins autonomes. Développés et vendus au nom d’un monde meilleur, les lois de la robotique ont autant d’emprise sur ces machines que la justice sur un Balkany.

J’aimerais vous dire qu’Asimov avait raison, que ses trois lois de la robotique allaient diriger les robots modernes. Mais malheureusement, au final, ces trois lois sont incompatibles avec d’autres lois, plus fondamentales : celles qui régissent la nature humaine.

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« C’est urgent ! critique ! bloquant ! »

Combien de fois avez-vous entendu ces mots sur un projet ? Sous pression, les équipes se dépêchent de réaliser la tâche urgente critique bloquante. Une fois la tâche terminée, elles peuvent un peu souffler. Eh bien non, car une fois terminée, une autre tâche urgente critique bloquante apparaît. Sur certains projets, les tâches urgentecritiquebloquantes ne sont pas l’exception, elles sont la norme. Elles sont érigées en piliers de la religion de l’urgence et du vite fait (mal fait).

S’ensuit une course effrénée et permanente qui finit par épuiser les équipes les plus endurantes et les personnes de bonne volonté. Pourtant, il y a une chose toute simple que l’on ne fait jamais sur ces projets : prendre le temps de regarder en arrière pour vérifier si c’était vraiment urgentcritiquebloquant. Malheur à celui qui ose relever la tête du guidon pour regarder d’où il vient et où il va. Il est tout de suite traité de fainéant.

Si jamais vous êtes confrontés à ce genre de situation, c’est pourtant la meilleure chose à faire : après un mois, après un an, reprenez les tâches qui étaient urgentecritiquebloquantes. Vous vous rendrez compte qu’il y en avait finalement bien peu qui l’étaient réellement, et pour beaucoup le résultat aurait été bien meilleur s’il avait été réalisé avec un peu plus de réflexion et de jugeote. Peut-être vous rendrez compte, aussi, que la personne qui se plaignait le plus est celle dont les tâches sont le plus en retard.

Bien sûr, il ne faut pas tomber dans le travers inverse, où l’on passe des mois à faire de la masturbation intellectuelle sans jamais rien réaliser. Mais entre les deux, il existe de bien meilleurs moyens de réaliser des projets.

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Pourquoi travailler quand on peut racketter ? Non, mieux : pourquoi se fatiguer à racketter alors que les esclaves de l’État peuvent le faire pour nous ? Cette devise, c’est celle de Copie France, organisme qui rackette joyeusement les français pour le compte des boîtes privées.

À la base, « copie privée » est un concept qui au autant de sens que « eau sèche » :

  • Soit on a le droit de faire une copie privée, et dans ce cas il n’y a pas à payer pour cela (pour rappel, vous avez déjà payé le droit d’écouter la musique). De plus, avec le développement du streaming légal (et ce malgré l’autosabotage des ayants droit pendant de nombreuses années), le stockage local de musique est de plus en plus rare.
  • Soit on n’en a pas le droit, et dans ce cas vous vous faites ponctionner une redevance sur une activité illégale.

Ponctionner une redevance sur une activité illégale ? Ah, mais, c’est exactement le même business model que le boss du dealer du coin qui laisse faire le sale boulot par les petites mains. Ici, le dealer c’est Copie France (en réalité les grosses boîtes détenant les droits) et l’État (en réalité les élus) est la petite main. Et oui. C’est bien triste mais c’est comme ça.

Sommet de l’absurdité ? Aujourd’hui Copie France se bat pour faire étendre la redevance aux appareils reconditionnés. Non contents de vous racketter une fois, ils vont vous racketter une deuxième fois. Et cela marche, nos élus suivent bien sagement les recommandations des racketteurs.

Je sais, on va me sortir l’argument de la survie de l’industrie de la culture, bla bla bla, etc. Le besoin de survie de la culture, que je ne nie pas, ne peut pas justifier la ponction d’une taxe basée sur un argument absurde.

Et où part l’argent ? Ah, vous êtes cons ou quoi, le chef du réseau de revente de drogue local ne va pas vous dire comment il dépense son argent. Pareil pour Copie France : l’utilisation exacte de l’argent collecté est pour le moins opaque. Le minimum serait que l’on puisse connaître de manière transparente la destination de l’argent collecté.

Au final, Copie France n’est qu’un détail, et il y a des problèmes plus importants que celui-là. Mais il est symptomatique de la situation actuelle.

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Avez-vous déjà remarqué à quel point il y a des dizaines de volontaires pour les séances de brainstorm ? Tout le monde a des idées, tout le monde veut participer. C’est passionnant, excitant, palpitant.

À la fin de la séance de brainstorm, tout le monde s’en va, convaincu d’avoir accompli quelque chose de génial.

Et après ? Rien. Il ne se passe rien. En général, sur 10 participants aux discussions, il n’y en a que un ou deux qui font réellement les choses. Pourquoi ? Ben parce que contrairement au brainstorm, cela demande un effort important.

J’en ai donc dégagé la loi suivante :

Le nombre de volontaires est inversément proportionnel à l’effort nécessaire pour réaliser une tâche.

Loi Effort-Volontaires

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