Pierre Morsa

Pierre Morsa | Présenter en public et GTD

Comme vous l’avez peut-être entendu, le gouvernement développe une App pour lutter contre la propagation du coronavirus. Enfin, pas le gouvernement directement, ils ne vont pas jusqu’à nous faire croire qu’ils savent programmer.

Je suis incapable de dire si l’algorithme de détection fonctionnera ou pas. Ce qui m’intéresse, c’est l’approche pour réaliser cette application. Pour la créer, le gouvernement a missionné pas moins 9 contributeurs directs et un paquet d’autres contributeurs. Alors, de ma faible expérience personnelle, sur tous les projets qui impliquent deux contributeurs, il faut déjà un bout de temps pour se comprendre, pour se synchroniser et pour collaborer. Si ces deux contributeurs sont des grandes entreprises, multipliez ce temps par 3. Si ce sont des grandes entreprises avec un passé lié à l’État, multipliez encore par 2. Maintenant, prenez en compte le fait que la complexité d’un projet sans véritable chef d’orchestre augmente de manière exponentielle avec le nombre de contributeurs différents. Si le premier objectif de certains contributeurs est de tirer la couverture politique vers eux, ils vont même ralentir le projet jusqu’à l’amener à un arrêt presque total.

Je ne participe pas à ce projet, et je n’en ai d’ailleurs pas les compétences. Par contre, le gouvernement devrait regarder les faits :

  • Une version aboutie de StopCovid n’a jamais été montrée. Une version beta non plus. Une version alpha non plus.
  • Apple et Google proposent dès aujourd’hui une solution qui a été montrée et fonctionne déjà.
  • La solution du gouvernement devra de toute façon tourner sur les appareils fonctionnant avec les OS d’Apple et Google. À moins que le gouvernement limite StopCovid aux smartphones fabriqués en France ?
  • L’application StopCovid est une réponse franco-française à un défi mondial. Au minimum, c’est à l’Europe de proposer une solution.
  • Le virus se contrefiche de la souveraineté numérique, de l’OS du téléphone et des frontières. Il s’attrape dans le monde réel, pas dans le monde numérique.

En regardant ces faits, il apparaît que le gouvernement privilégie une solution égocentrique, politique, et nationale face à un problème international. Une solution bornée par les frontières imaginaires tracées sur les cartes et dans les esprits du gouvernement. StopCovid devra tourner sur les smartphones d’Apple et de Google (via Android), ce n’est pas cette application qui rendra sa souveraineté numérique à la France. Pour cela, il faudrait construire une vision bien plus complète à long terme au lieu de promouvoir l’idée numérique du mois comme le plat du jour avant qu’il ne soit périmé.

Et si à la place on produisait plus de masques ?

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Parfois, c’est un détail qui fait l’histoire. Un détail qui semble insignifiant.

Ainsi, fin des années 90 Apple prit la décision de racheter NeXT, et non Be, parce que NeXT fonctionnait déjà sur les processeurs Intel. Si NeXT fonctionnait sur les processeurs d’Intel, c’était un peu par accident, à cause d’un projet secondaire lancé par Steve Jobs. À l’époque, NeXT fonctionnait sur les processeurs Motorola, et personne, dans l’équipe NeXT, ne croyait que les processeurs Intel pouvaient être plus performants. Le portage fut mené par un ingénieur de NeXT et deux employés d’Intel. Sans ce travail, peut-être qu’Apple n’aurait pas racheté NeXT. Peut-être que NeXT n’aurait pas survécu. Peut-être qu’Apple n’aurait pas survécu. Peut-être que Steve Jobs aurait été considéré comme un autre dirigeant médiocre.

C’est le genre de détail que de nombreux grands décisionnaires ne regardent pas. C’est le genre de détail qui ne rentre pas dans une présentation PowerPoint ou dans un tableau Excel. Pourtant, ces détails peuvent avoir une influence énorme sur le résultat. Comme la mesure d’un seul capteur d’angle d’attaque qui cause le crash de deux Boeing 737 Max. Comme le joint qui ne supporte pas le froid qui fait exploser la navette Challenger.

Parfois, c’est un détail qui fait l’histoire. La différence entre les vrais visionnaires et les autres, c’est leur capacité à identifier, dans la masse des millions de possibilités, quels sont les détails qui vont déterminer le cours de l’histoire, et de travailler jusqu’à être certains que ces détails critiques contribueront au succès final. Et s’il y a trop de détails critiques à contrôler, comment font-ils ? Ils engagent les meilleurs pour les épauler.

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Au fil du temps, j’ai créé de nombreuses actions pour améliorer l’intégration entre Keyboard Maestro et OmniFocus. Aujourd’hui, ces actions sont regroupées au sein du « OmniFocus Action Pack ».

Ces actions permettent par exemple de manipuler les tâches comme par exemple leur assigner un tag ou les affecter à un projet. Ce pack propose également un système de « template » très flexible pour créer des séries de tâches.

Pour découvrir toutes les possibilités de l’OmniFocus Action Pack, le mieux est de vous rendre sur la page dédiée (en anglais).

Si vous ne connaissez ni OmniFocus ni Keyboard Maestro, vous pouvez découvrir ces fantastiques programmes sur les sites de leurs éditeurs.

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Cet article d’Ars Technica donne le tournis. Le gouvernement français a donc décidé d’obliger Google à publier à nouveau les extraits d’articles des journaux français (j’ignore si cela s’applique uniquement à Google News ou à tous les résultats). Extraits qui, je le rappelle, étaient tellement courts qu’il fallait de toute façon aller sur le site du journal pour réellement lire l’article.

Mais ce n’est pas ça le plus délirant. Ils ont également décidé d’obliger Google à payer pour le faire… Je répète tellement c’est gros et aberrant. Google se voit obligé de fournir un service et de payer pour fournir ce service.

Je sais certains vont me dire que comme Google dispose d’une position dominante, c’est normal de les y obliger. Et je dis non, pas du tout. L’État français a longtemps bénéficié d’un monopole avec les pages jaunes. Est-ce que pour autant ils auraient payé les commerces qui en bénéficiaient ? Évidemment que non.

Il existe bien des problèmes au niveau de Google, mais pour apporter une réponse correcte à ces problèmes il faudrait deux choses :

  • Des gens compétents techniquement pour comprendre où sont les vrais dangers posés par Google (AMP, tracking, ranking des résultats parfois douteux, etc.)
  • Que le vrai but du gouvernement ne soit pas simplement de fournir une rente à vie aux grands groupes de presse, comme il l’a déjà fait avec la redevance pour la copie privée.

Malheureusement, ici, on n’a ni l’un ni l’autre. Comme pour la copie privée, l’argent ira uniquement aux grands groupes. Si j’étais Google, je ferais un geste de bonne volonté pour apaiser la situation : pour aider l’état français, je mettrais en avant, sans discrimination, les résultats des petits sites de nouvelles indépendants. Vous savez, pour éviter tout risque d’abus de position dominante de la part des gros groupes de presse… Et si j’étais l’État français, je ne me ferais pas chier à chercher une excuse. J’enverrais simplement une escouade de mecs violents en moto racketter Google et vider les caisses. Un peu moins propre sur la forme, certes, mais tellement identique sur le fond.

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Dans la partie I, nous avons abordé l’arrangement d’un bureau improvisé et que Sun Tzu ne servait pas à grand-chose en confinement. Dans la partie II, nous avons découvert que le mindset était l’élément le plus important pour réussir en télétravail, et que Miyamoto Musashi n’était pas une flèche. Nous arrivons donc maintenant à la partie IV. Et aujourd’hui, nous aborder un sujet essentiel, un sujet qui fâche : l’effet juste un doigt.

Souvenez-vous. C’était en mars 1994, 3 ans après la première guerre du Golfe. Le monde se remettait difficilement de toute cette violence. Vous pensiez que le pire était derrière vous, que désormais rien de pire ne pouvait arriver. Et c’est à ce moment que le film le plus terrifiant de l’histoire de l’humanité fut révélé. La cité de la peur. Rien qu’à y repenser, vous avez encore des frissons et vous pleurez encore de rire en cachette.

Pourquoi évoquer ces souvenirs pénibles ? Parce que c’est nécessaire. La scène qui nous intéresse est celle où Patrick propose un whisky à Odile. Elle répond « oui, juste un doigt ». Et Patrick lui demande « vous ne voulez pas un whisky d’abord ? » Dramatique. Terrifiant. Cette scène résume à elle seule toute l’horreur du télétravail : le risque de catastrophe en cas de mauvaise communication.

Sans communication claire, tout peut partir en vrille à chaque instant. Chaque email peut déclencher un conflit politique à côté duquel la guerre froide aurait l’air d’une partie de morpion. Malgré l’utilisation de Slack, vous avez l’impression que vos collègues sont perdus quelque part dans la jungle sans moyen de vous contacter. Le control freak frustré du coin passe son temps à vous harceler toutes les cinq minutes pour s’assurer que vous travaillez bien sur son dossier. Votre tentative de blague pour détendre l’atmosphère ne fait qu’empirer les choses.

C’est comme dans les mauvais films comiques (attention, je ne dis pas que la cité de la peur est un mauvais film, je ne dis pas non plus que c’est un film comique). Vous dites un truc que vous croyez être clair, mais que votre interlocuteur comprend tout de travers. C’est l’incompréhension. Peu à peu, chacun se forge la certitude que l’autre est un con, alors qu’on sait tous que c’est l’autre le con, pas nous évidemment. Communiquer en télétravail comme on communique en situation normale ne marche pas.

Alors, que faire ? Si vous avez un document à produire, informez vos collègues de l’avancement régulièrement. Il vaut mieux informer trop souvent que trop peu. Pour les control freaks, détendez-vous. Si vous avez donné un résultat à atteindre clair avec une date, il suffit de faire un point de temps en temps, mais pas trop souvent, pour s’assurer que ça avance. Pour les susceptibles, pareil, détendez-vous, ne prenez pas les choses de manière littérale, pas besoin de se vexer pour la moindre phrase qui vous déplaît. Privilégiez aussi la communication asynchrone ; comme tout le monde n’a pas le même rythme, il est plus efficace d’utiliser des outils comme Slack que de vouloir bloquer tout le monde dans des réunions interminables en visio ou par téléphone. Finalement, bien communiquer en télétravail, ce n’est pas si difficile.

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