2016 s’en va. Perçu comme une année pourrie par beaucoup, il ne faut pas oublier la chance que nous avons de vivre à notre époque. Nous n’avons pas connu de véritable guerre depuis des décennies grâce à l’Europe, et rien que pour ça le projet européen valait la peine. Nous vivons plus longtemps que jamais. Si nos ancêtres voyaient le confort matériel et la liberté dont nous jouissons aujourd’hui, ils se demanderaient si nous ne sommes pas un peu fous de nous plaindre autant, et ils auraient raison.

Mais tout cela c’est du passé, 2017 est là, et j’ai 23 ans d’Internet. C’est en 1994 que j’ai créé mon premier site, pour un petit magazine d’escalade local. À l’époque j’avais créé l’image pixel par pixel dans MacPaint sur l’écran noir et blanc de mon PowerBook Duo 2101, car les écrans couleur coûtaient trop cher. En 1994, Internet c’était l’outil de liberté ultime. Un outil qui allait révolutionner le partage de la connaissance. Un outil qui allait offrir des opportunités incroyables.

C’est vrai, Internet a révolutionné l’accès à la connaissance. Rien que pour faire une recherche documentaire, ce qui prenait plusieurs jours avant ne prend plus que quelques secondes. La quantité d’information, bonne et moins bonne, accessible sur tous les sujets est phénoménale.

C’est vrai aussi qu’Internet a apporté des opportunités incroyables. Internet est essentiel au fonctionnement de mon entreprise actuelle, et a révolutionné tous les secteurs d’activité. C’est plus rapide d’envoyer un document de 1000 pages à Jakarta que d’aller acheter un pain à la boulangerie du coin.

Mais pour la liberté, c’est raté. Enfin, si je regarde le verre à moitié plein, c’est à moitié raté.

Au lieu d’apporter plus de liberté, Internet a rendu possible l’automatisation de la surveillance de masse par les gouvernements. Fini la blague de croire que Twitter était un outil qui allait aider les révolutionnaires à renverser les dictatures et à apporter la démocratie dans leur pays ; lorsque Twitter a été utilisé pour manifester dans les démocraties, l’oiseau a rapidement arrêté de chanter et les protestataires ont vite déchanté. Très vite les dictatures ont appris à ne laisser passer sur Internet que ce qu’elles souhaitaient. Aujourd’hui ce sont les démocraties qui veulent définir ce qui est acceptable ou non. Fini l’illusion que nos données sont plus sécurisées dans le Cloud que chez nous. Apple reçoit la liste complète des appels téléphoniques émis et reçus sur votre iPhone lorsque celui-ci est connecté à un compte iCloud. La NSA a un accès pratiquement illimité à nos documents stockés sur Dropbox et OneDrive. Skype a été modifié par Microsoft pour mettre les conversations sur écoute. Mieux, les informations dont ne disposent pas les services de renseignement, nous les postons nous-mêmes avec entrain sur Facebook et Twitter (la NSA connaît donc mon goût pour le Mac et les dessins animés japonais des années 80).

Combinée à un affaiblissement progressif de la constitution et des principes démocratiques, cette capacité à surveiller les citoyens en masse doit nous alarmer. Imaginons que demain une base centralisée des citoyens se mette en place, sous le bon vieux prétexte de la sécurité, et qu’elle soit reliée à tout ce que nous disons et faisons sur Internet. Grâce à la géolocalisation, les gouvernements pourront savoir exactement où nous sommes à n’importe quel moment de la journée, ce que nous faisons, ce que nous pensons. Et imaginons qu’un gouvernement Néo-Nazi arrive au pouvoir. Nous leur aurions nous-mêmes donné le moyen d’enterrer la démocratie.

Heureusement ce n’est pas inéluctable. Mais nous devons nous battre, dès maintenant, avec le clavier. Battons-nous en 2017 contre la montée de l’extrémisme, en votant et en aidant les gens qui en ont besoin. Battons-nous contre la montée en puissance des outils de surveillance anticonstitutionnels, en adoptant les outils sécurisés. En 2017, battons-nous pour la liberté, sans oublier l’égalité et la fraternité.


  1. Pour moi il est toujours resté un PowerBook Mono, parce que le dock coûtait trop cher. Mais j’avais une chance incroyable d’avoir cet ordinateur portable ! [return]