Comment vaincre sa peur de parler en public, partie 2 − démasquer les artifices de l'Ego

Dans la partie 1 de l’article nous avons vu pourquoi la peur de parler en public naît de notre Ego, de notre peur de l’échec et notre peur le l’inconnu.

Avant d’apprendre à maîtriser notre peur, nous devons d’abord démasquer notre Ego, apprendre à reconnaître les artifices que notre Ego met en œuvre pour nous dicter nos réactions. C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Démasquer les artifices de notre Ego

« Évidemment mon audition était pour le rôle de PC, ce qui m’a surpris, parce que j’allais avoir 35 ans — je me considérais toujours comme un jeune homme mince et branché de 24 ans. C’est l’exemple parfait du type d’image trompeuse que nous avons de nous-même. »

— John Hodgman

Cette citation est extraite de l’histoire du making of de la campagne Get a Mac (je suis un Mac, et je suis un PC). Je l’ai reprise ici car elle illustre parfaitement le décalage entre notre Ego et la réalité de qui nous sommes. John Hodgman se voyait encore comme mince, jeune et cool et pensait qu’il allait jouer le rôle de Mac, alors qu’il ressemblait déjà à un père de famille !

L’Ego est indispensable, puisque c’est grâce à lui que nous sommes qui nous sommes, et que nous pouvons bénéficier de l’expérience accumulée au fil de notre vie. Le problème, c’est lorsque l’Ego ne nous fait pas bénéficier de l’expérience accumulée, mais au contraire déploie ses artifices pour se protéger et nous empêche de progresser. Pour nous libérer de notre Ego, nous devons commencer par reconnaître ses artifices.

Artifice : faire du public un ennemi. C’est l’artifice principal utilisé par notre Ego face à un public. Puisqu’il se sent menacé lorsque nous devons parler en public, c’est que le public est forcément un ennemi ! Le public peut être objectivement hostile (vous êtes un patron qui va annoncer des licenciements aux représentants du personnel). Mais la plupart du temps cette sensation d’hostilité n’est en réalité qu’une interprétation erronée que nous nous faisons de notre peur. Le public est rarement notre ennemi. Et même lorsque c’est le cas, le traiter comme tel est la pire des solutions.

Artifice : accélérer pour en finir le plus vite possible. Puisqu’on est en situation de danger, une réaction logique de notre Ego est de nous faire accélérer pour en finir le plus vite possible. Fuir. Résultat, nous allons parler très, très vite, bouger sans arrêt, sans respirer, et nous allons finir épuisés face à un public qui n’aura même pas eu le temps d’écouter la première phrase !

Artifice : se couper du public. Face au stress du regard d’autrui, notre Ego peut prendre une mesure radicale : faire comme si le public n’existait pas, l’ignorer complètement, ne jamais le regarder. En résulte une présentation déconnectée du public, un orateur qui donne l’impression d’être dans sa bulle.

Artifice : dériver son stress en mouvements parasites : notre langage corporel et gestuel va réfléter de manière inconsciente notre peur : en croisant les bras devant nous, en nous faisant nous balancer de droite à gauche, etc.

Artifice : l’auto-critique négative. L’auto-critique négative est cette action qui consiste à nous dire « je ne suis vraiment pas doué ». L’Ego réaffirme son image, l’image que nous sommes mauvais en présentation. Ce faisant, notre attention est détournée par des sentiments négatifs et ne peut être utilisée pour donner le meilleur de nous-mêmes sur scène.

Artifice : se saboter (inconsciemment). Les personnes qui ont intégré dans leur Ego la notion qu’ils sont de mauvais présentateurs vont aller encore plus loin que l’auto-critique négative ; ils vont se saboter eux-mêmes, souvent inconsciemment, pour ne pas devoir changer leur Ego et préserver leur image de mauvais orateur ! Résultat : la présentation va être molle, ennuyeuse, sans énergie et sans conviction.

Artifice : refuser de se préparer. Refuser de se préparer, c’est repousser le moment où l’on doit affronter la douleur, et c’est évidemment une mauvaise solution. C’est également une excellente excuse pour notre Ego au cas où nous échouerions. À noter cependant que certaines personnes peuvent refuser de se préparer pour une autre raison (voir cette article), mais cette raison n’est pas valable non plus.

Artifice : s’entourer de courtisans. Pour protéger leur Ego (souvent démesuré) ces personnes vont s’entourer de courtisans qui vont les flatter et ainsi rassure leur Ego. Dommage, car le public lui ne sera pas dupe.

Cette liste est loin d’être exhaustive, mais elle donne un bon aperçu des techniques les plus fréquemment mises en œuvre par notre Ego pour se protéger.

Renoncer aux artifices de notre Ego

Maintenant vient l’étape la plus difficile : accepter que nous mettons en œuvre ces artifices, et y renoncer. Pour cela, prenez 2 minutes, et imaginez-vous en situation de présentation. Observez et notez les artifices que vous mettez en œuvre pour protéger votre Ego.

C’est fait ? Bravo, vous venez de démasquer les artifices que votre Ego met en œuvre pour se protéger !

Maintenant prenez deux minutes pour imaginer ce que vous ressentiriez si vous parliez du même sujet lors d’une simple conversation avec un groupe d’amis autour d’un verre.

Vous voyez la différence ? Avec des amis, dans une situation sans peur du jugement, beaucoup de ces artifices disparaissent naturellement. Les mots qui semblent venir péniblement face à un public viennent plus naturellement et sans efforts avec des amis. C’est mieux… mais si vous regardez bien votre comportement avec un groupe d’amis vous constaterez que vous continuez de mettre en œuvre des artifices pour protéger votre Ego qui perturbent votre capacité à communiquer efficacement. C’est bien, mais ce n’est pas encore parfait. L’objectif est d’arriver à une situation où l’Ego ne dicte plus votre conduite face au public.

La bonne nouvelle, c’est que maintenant que notre Ego est démasqué, que nous connaissons ses artifices, nous sommes désormais prêts à apprendre à changer notre relation avec le public. et à focaliser notre attention sur notre présentation plutôt que sur notre peur. C’est ce que nous verrons dans la troisième partie de cet article : faire le choix de grandir.